Partager l'article ! La question du "suicide assisté": " To die ; to sleep ; No more ; and by a sleep to say we end / The heart ...
" To die ; to sleep ; No more ; and by a sleep to say we end / The heart-ache and the thousand natural shocks that flesh is heir to, ‘tis a consummation / Devoutly to be wish’d ". Cette phrase, William Shakespeare pouvait l’écrire dans l’Angleterre puritaine du XVIème siècle. C’est à cette époque que Bacon utilisa pour la première fois le terme d’ " euthanasie ", définissant ainsi la mort douce et la notion de soins palliatifs, tels qu’on la conçoit aujourd’hui. Dans l’Antiquité romaine, le suicide était une mort noble et digne. Il semble pourtant qu’aujourd’hui, en France, la conception du suicide diffère peu des conclusions du concile de Braga (563) !
La question posée lors des dernières semaines de vie de Chantal Sébire est bien celle-ci : la société française, ou plutôt ses représentants sont-ils prêts à autoriser le " suicide assisté " tel qu’il existe en Suisse, Belgique, et Orégon ? Certes, cette pratique n’est pas dénuée d’inconvénients (organisation et planification de la mort, " parcours " de la mort...). Et pourtant, l’existence d’une telle possibilité est plutôt rassurante pour les malades, habituellement privés de leurs derniers choix, dans une fin de vie toute tracée par l’itinéraire classique des " soins palliatifs ".
Il y a quelque hypocrisie à restreindre le champ des soins palliatifs à la seule analgésie. Tous les patients en phase terminale d’une affection grave évolutive souffrent d’une altération de leur image corporelle et de troubles psychiques. Cependant, tous ne demandent pas à mourir. L’évolution des affections néoplasiques de la face et des voies aéro-digestives supérieures est tout à fait particulière, en raison des déformations qui en résultent, du caractère délabrant de la chirurgie, des effets secondaires de la radiothérapie. L’atteinte de l’image corporelle devient rapidement inadmissible pour les patients et leurs familles.
L’émergence des soins palliatifs fut un formidable progrès dans la prise en charge des patients en fin de vie, cependant selon le Livre préliminaire du code de santé publique " les soins
palliatifs sont des soins actifs et continus pratiqués par une équipe interdisciplinaire en institution ou à domicile. Ils visent à soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychique, à
sauvegarder la dignité de la personne malade et à soutenir son entourage ". Objectifs certes louables, mais que les moyens médicamenteux à la disposition du personnel soignant ne peuvent
toujours satisfaire.
Par exemple, l’inflation des doses de morphiniques pendant les semaines qui précédent le décès n’est pas sans conséquences : prurit, constipation, rétention d’urines, confusion, dépression
respiratoire.... Autant d’effets secondaires qu’il est parfois difficile de maîtriser. Le même problème de doses se pose pour la sédation. Les doses doivent être adaptées au niveau de sédation
souhaité. Mais ce niveau dépend, en règle générale, plus du choix personnel du médecin que de la réelle volonté du patient. Que dire enfin de l’ " apaisement de la souffrance
psychique " dans le cas de Chantal Sébire ?
L’assistance au suicide, dans ce cadre, pourrait offrir à ces patients la perspective d’une mort choisie avant l’ultime déchéance. Ses modalités précises (indication, molécules, dose, mode d’administration) devraient relever d’une prescription médicale, idéalement dans le cadre d’une concertation voire sous le contrôle d’une commission pour éviter les dérives redoutées. Elle ne se substituerait pas aux soins palliatifs, mais ouvrirait une alternative apaisante pour les patients moribonds. Un débat parlementaire sur la question paraît indispensable. Nous le devons à ces malades.
Matthieu Parneix
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